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mars 1992
Les deux partis majoritaires n'étaient pas trés heureux de l'intrusion d'un citoyen libre dans ce qu'ils considéraient comme "leur chasse gardée" D'où la diffusion d'informations mensongères, pour discréditer ma démarche, concernant, selon eux, mon attitude au moment des votes. Je pense donc utile de porter à l'attention des lecteurs la réalité de ce qui s'est passé lors de la première séance à laquelle j'ai été amené à participer.
Ce passage figure dans le livre "Vote blanc la longue démarche"
LA PREMIERE SEANCE
Le premier acte officiel de mon tout récent mandat était la séance d’installation du Conseil Régional à laquelle j’étais convié cinq jours après l’élection.
Pour moi un nouveau grand saut dans l’inconnu.
Dès mon arrivée je fus accueilli, dans la salle des pas perdus, par Yves Rocher qui lui-même avait créé une très grande surprise en ralliant, dans le Morbihan, sur sa liste indépendante, 13% des suffrages. Il avait même réussi la prouesse d’obtenir deux sièges. Nous échangeâmes sur les succès «surprenants et inattendus» que nous avions en commun et sur les réactions que cela avait suscité.
Du fait de mes activités professionnelles, je connaissais déjà un certain nombre d’élus, de différentes tendances. Beaucoup vinrent me saluer. Puis vint le moment de la photo protocolaire et ensuite l’entrée, avec pour moi une grande émotion, dans la grande salle, baptisée depuis, salle Président Pléven. Un des grands hommes d’ Etat, à la probité reconnue, que la Bretagne a comptés.
La rapidité avec laquelle les choses s’enclenchèrent m’amenait à regretter de ne pas avoir été rendu destinataire, au préalable, d’un document d’accueil avec un minimum d’informations sur la manière dont la séance se déroulerait.
Il est vrai que les mandats étaient habituellement et «traditionnellement» réservés aux partis qui eux, étaient sans doute, bien organisés. Ceci expliquait cela…
Je regagnais la place qui m’avait été attribuée, à côté de Yves Rocher et de son colistier Jérôme Aymé et juste devant le podium des représentants des Verts et de Génération Ecologie.
Avant le début de la séance, certains «collègues» vinrent me saluer et me féliciter pour la réussite de mon initiative.
Kofi Yamgnane avec lequel j’entretiens depuis cette époque une amitié fidèle, une seule fois altérée, s’adressa à moi. Sans doute héritage de son éducation chez les «pères blancs», chacun sait qu’Il s’exprime habituellement, avec une certaine préciosité de langage et sans accent marqué, hormis peut-être, on peut toujours l’imaginer, d’un soupçon de celui… acquis au cours de son long séjour en terres bretonnes. Il s’adressa à moi, tout sourire dehors, en imitant le roulement de celui africain dont joue, en forçant le trait … Michel Lebb : « Gérard, je pensais que tu avais créé ton mouvement contre moi, dis - donc ! »…
L’accueil que je réservais à Alain Madelin qui s’empressa vers moi fut plus mitigé.
Je répondis à ses félicitations, que je les accepterais avec plaisir lorsqu’il daignerait répondre à mes courriers. Ces derniers concernaient une affaire dont j’avais eu à connaître, en 1984, lorsque je travaillais à la création d’un parc d’expositions pour le compte de la Chambre de Commerce et d’ Industrie d’Alès.
Son président était à l’époque également vice - président, R.P.R, du Conseil Régional Languedoc Roussillon. Le contentieux, touchant à la gestion de fonds publics, qui nous opposait le mettait en cause, ce que j’avais découvert, avec les membres de son bureau.
J’ai connu, durant cette période le «monde du silence de la presse locale»
Il est vrai que Le président de la Chambre de Commerce d’Alès, semblant sûr de son fait, m’avait rétorqué lorsque je lui avait dit, avant de nous séparer, que j’informerais la presse sur ses turpitudes, «sur le plan local rien ne sortira ! » Il avait bénéficié également de la complicité passive de nombre de personnes et surtout d’organismes dont on aurait été en droit d’attendre une autre attitude. dont au minimum, la Cour des comptes de sa région.
Cette affaire avait de plus valu, sur pressions, le déplacement rapide du courageux sous - préfet en fonction que j’avais tenu informé des faits et qui m’avait déclaré être bien décidé à ne pas laisser les choses en l’état, «je connaissais, m’avait-il déclaré au cours de notre entretien, le contenu du tonneau, vous m’en apportez le cercle. »
Le dossier avait été sorti des limbes dans lesquels certains fonctionnaires du Ministère souhaitaient le garder au début de 1986, par Edith Cresson,. J’avais pu m’entretenir avec Elle lors d’une de ses visites au Festival de l’Industrie et de la Technologie à Paris. Cela juste avant qu’ Elle ne cède son poste.
La chape du silence était retombée dès l’avènement de son successeur, Alain Madelin.
Curieusement, dans son cabinet figurait l’un des anciens fonctionnaires soucieux, justement, de ne pas donner une suite à ce dossier ennuyeux… d’où peut-être les absences de réponses que je regrettais?
Il est intéressant de noter qu’en 1993, le même président de la Chambre de Commerce d’ Alès était à nouveau mis en cause dans une autre affaire portant sur «l’évasion» de 800.000 francs des caisses du Centre Médical Interprofessionnel dont il était également le président. A ce propos, Le Midi - Libre qui, en la personne de son journaliste Monsieur Lebègue, avait lui-même participé au grand silence judiciaire pesant sur l’affaire de 1985, posait, à la fin d’octobre 1994 cette question : «Secret de l’instruction ou lenteur de l’ instruction ? »
La vérité qui procède souvent de l’indépendance d’esprit , de l’expression d’un peu de volonté et de courage, met longtemps à sortir du puits où on tente souvent de la cacher, mais « elle en sort toujours ! »
Sur un plan général, les premiers contacts avec les élus furent ce jour-là plutôt sympathiques. Surtout parmi les nouveaux. D’autres, dans les anciens, montraient ostensiblement que je n’étais pas, pour eux, réellement le bienvenu, ni surtout pas l’un des leurs !
Et de cela…de manière prémonitoire sans doute, j’étais plutôt enclin à me féliciter.
La séance débuta par l’appel nominal des conseillers.
La doyenne d’âge, Madame Sauvet constata que «non seulement le quorum était atteint mais que tous les membres de l’assemblée étaient présents» . A l’intonation de sa voix et au contenu de sa phrase, il m’apparut que, pour Elle cela semblait être une bonne surprise. Du fait de ce qui se passa durant les six années suivantes, je dois à la vérité de dire que cela fut, sans doute effectivement, l’une des rares fois où cela se produisit.
Malheureusement pour la Bretagne et pour l’institution régionale.
L’ordre du jour appela ensuite l’élection du Président du Conseil Régional.
Il y avait 83 conseillers régionaux dont 37 de la liste Union pour la Bretagne, 19 socialistes, 7 Verts, 7 Génération Ecologie, 7 Front National, 3 Communistes, 2 de la liste Yves Rocher et votre serviteur.
Du fait des forces en présence - aucune alliance avec le F.N. pour accéder à une majorité n’étant évoquée - ce qui ont le sait, dans certains endroits a été «accepté» quelques années plus tard, le résultat me semblait, mathématiquement, acquis d’avance.
Je regardais donc se dérouler cette séquence en spectateur intéressé mais non concerné directement.
La seule chose notable et positive, avec le recul du au temps fut, à mes yeux, que les Verts et Génération Ecologie présentèrent un seul et unique candidat. Ce petit bloc de 14 élus pouvait avoir son importance, un rôle d’arbitre sur la vie de l’assemblée.
Le président Bourges ayant obtenu, au troisième tour, le plus de voix, fut élu, comme cela était prévisible.
Quant à moi, comme je m’y étais engagé, j’avais, à chaque tour, voté blanc.
A cette élection succéda, comme le voulait la loi, une suspension de séance d’une heure.
Au cours de celle-ci je fus approché par Paul Anselin, qui s’est avéré au cours de la mandature, être un «grand arpenteur» des travées de l’hémicycle. Ce dernier, sans doute en mission d’approche explora-toire, me proposa d’accepter, tout de go, pour me tester certainement, et cela en vue de l’ éventuelle «récupération» d’un Indépendant, une place… de vice-président (?!)
Je n’étais pas dupe de la manœuvre et déclinais fermement et très clairement la proposition.
D’une part, je n’étais pas sensible aux offres «d’actions gratuites» qui souvent coûtent très cher, par ailleurs je voulais conserver mon indépendance et en tout état de cause je savais avoir tout à apprendre du fonctionnement même de l’institution que je découvrais.
De plus, je voyais trop la volonté qu’il y avait, derrière la proposition, de me gagner à une majorité qui se sentait un peu trop fragile.
Pour qui connaît Paul Anselin sait que l’Homme, entre autres qualités, sait être pugnace. J’ai pu apprécier cela dans le cadre du traitement de dossiers importants où son investissement personnel a été sans faille. Sous des airs rappelant, volontairement je le crois, l’éléphant dans un magasin de porcelaine, Paul Anselin, provocateur né, est un fin manœuvrier.
Il revint une deuxième fois avec un argument massue qu’il pensait décisif : «Tu devrais prendre une place de vice-président, c’est dix mille balles de plus par mois et une voiture de fonction…»
Là je lui ai rétorqué sous forme de boutade : «Paul, nous verrons cela plus tard, lors de mon … prochain mandat »
La séance reprit. On passa à la composition et à l’élection de la Commission permanente.
Au cours de cette séquence j’eu la confirmation des joutes politiciennes, des alliances de circonstance mais aussi des qualités de stratège, ceci dit sans ironie, d’un président maître-orfèvre en la matière. L’anecdote vécue relatée plus avant, hors séance, m’avait laissé deviner les tractations qui se jouaient en petit comité pour arriver à une situation permettant au Conseil de continuer à travailler, de manière civile, «entre collègues».
Les membres de la Commission permanente étaient élus au scrutin de liste, à la représentation proportionnelle à la plus forte moyenne, sans panachage ni vote préférentiel.
Comme cela avait été indiqué dans notre profession de foi, j’avais personnellement pris l’engagement de ne pas bloquer le travail de l’institution régionale. C’est donc tout naturellement, sans état d’âme, malgré la démarche que je considérais choquante de Paul Anselin, que je votais pour la liste Union pour la Bretagne.
Je pense encore aujourd’hui, que si d’aventure la liste du Parti Socialiste s’était trouvée dans la même situation que cette dernière, je lui aurais certainement, de la même manière, apporté ma voix. Ceci n’engage bien sûr que moi et j’assume toujours pleinement la responsabilité que j’ai prise ce jour-là.
En tout état de cause elle a surtout permis à Yves Dollo, un peu déçu sans doute d’avoir vu un siège lui échapper dans les Côtés d’Armor, lui qui n’avait jamais daigné répondre, en qualité de député, aux courriers que je lui avais transmis depuis le début de ma démarche, de distiller, ironique et persifleur alors que jusqu’à la nous avions toujours eu des rapports cordiaux, sûr de son effet : «bravo Gautier ! nous (le Roi Soleil, ou Alain Delon n’eussent pas mieux dit) constatons que «Monsieur BLANC» a changé de couleur»
J’ apprenais ainsi, un peu plus, ce qu’était le manque de grandeur de certains malgré leur haute stature. Pour eux, il est vrai, ce n’était que de la politique…alors !
Quelques instants plus tard, lors du vote pour les membres des commissions, j’aurais pu lui retourner le compliment.
En effet, l’ensemble de la majorité régionale R.P.R. avait apporté ses voix aux élus socialistes… et cela sans qu’il trouve à y redire. Il est vrai qu’il n’était pas surpris de cela puisqu’ ayant lui-même participé aux «travaux en coulisse»…Cela devait faire partie des accords conclus dans les
arrières cuisines fleurant le «bon beurre» qui, on le sait, par moment sent le rance !
La session se termina sans m’apporter d’autres sources d’information sur ce qui allait être une grande partie de ma vie pendant six ans.
Elu surprise j’avais néanmoins, en effet, l’intention très ferme de m’investir le plus possible dans les nouvelles responsabilités nées de mon mandat en les conciliant avec mes activités professionnelles.
Pour la petite histoire il m'est arrivé trés souvent, au cours de la mandature , lorsque cela allait dans le sens des intérêts de la Bretagne et des Bretons de voter soit pour la majorité ou pour l'opposition. En citoyen responsable... et LIBRE !
Date de création : 31/10/2008 @ 10:47
Dernière modification : 31/10/2008 @ 10:54
Catégorie : BLANC C'EST EXPRIME
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